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  • De la dignité de l'esprit

    50378221_rotari7.jpgMa chère amie,

    Je prie Dieu que vous ne m’en vouliez pas d’être ainsi restée si longtemps dans le silence, mais je sais combien votre cœur est grand ouvert au pardon, aussi ai-je espoir que ces quelques mots adoucissent les tristes pensées que vous nourrissez à mon encontre et, à défaut, votre estomac, lui, se réjouira peut-être de ces quelques pâtes de fruit que je vous fais porter. Les plaisirs de la bonne chère aident parfois à amadouer les âmes et ce ne sont pas les panses rebondies de certains de nos bons curés qui viendront me démentir.

    Tandis que vous menez grand train sous vos chaudes latitudes, Paris, quant à elle, s’enfonce dans l’hiver. Désormais, ici les jours sont pressés d’en finir et la nuit s’installe dès la fin d’après-midi. Quant au soleil, parlons-en, voici qu’il joue maintenant les coquets, ne montrant ses raies qu’au prix des plus grandes prières et encore, à peine est-il là, que déjà il s’en va. Je crois ma bonne que je n’ai pas mes entrées au ciel car c’est à peine si je le vois, et sans lui vous le savez, la mélancolie s’invite dans mes pensées, vilaine fille que celle-ci, aussi traître qu’une plaque de verglas, et si je n’y prends garde, bientôt c’est tout mon être qu’elle emportera dans une glissade désordonnée. Fort heureusement je suis de bonne constitution, et là où mon corps faiblit, c’est dans mon éducation que je puise la force de n’en rien montrer.

    Souvent je vous ai entretenue de cette idée que je me fais de la dignité, elle m’a toujours été d’un grand secours en certaines heures où les tempêtes agitaient mon particulier, et je crois, à vous lire, que vous gagneriez à être plus ferme avec monsieur votre époux.  Ne l’encouragez pas sur cette pente qu’il semble prendre, il vous entraîne sur son terrain, et celui-ci est plein d’embûches pour la dame de qualité que vous êtes. On ne fait pas la guerre en corset et jupon, ma chère. Vous pouvez sourire, mais je vous vois d’ici, vous montez sur vos grands chevaux, mais en amazone et robe à panier, vous n’irez pas bien loin. Mon amie, je vous le dis sans ambages, vous êtes au-dessus de cela, ne cédez pas à la colère, restez droite, la raison est de votre côté. Je comprends bien que vous lui trouviez des excuses, vous êtes compréhensive, c’est une belle qualité, mais faites attention à ne pas laisser dans ces vaines querelles tout ce qui donne à votre âme sa droiture. Montrez-vous bienveillante, mais, de grâce, n’abdiquez pas ce que vous êtes sur l’autel de votre mariage, vous en seriez la première malheureuse, et votre époux ne s’en montrera pas davantage agréable. Au contraire, là où vous aurez agi avec délicatesse, il verra de la faiblesse et continuera sur sa lancée à vous assommer de ses mauvaises critiques, sans voir celle que vous êtes vraiment. Je sais bien que cette situation vous pèse, que vous ne savez que faire pour en venir à bout, et je suis bien triste de lire la piètre image que par sa faute vous avez de vous-même. Que pouvez-vous faire contre l’aveuglement de cet homme, sinon écouter la voix de vos amis, et à ce compte, étant la plus proche de vous, je m’autorise cette franchise.  Pour l’heure, prenez quelques jours de repos.

    Au besoin, venez, mon hôtel est assez grand pour vous recevoir et votre chambre, vous le savez, est toujours prête. Restez celle que vous êtes, si vous ne le faites pour vous, faites-le pour vos enfants. Montrez-leur par vos actes que vous vous appliquez à vous-même cette exigence que vous cherchez à leur transmettre, vous en ferez des adultes dignes, droits et surtout fidèles à ces principes dont votre époux ne cesse de vous rebattre les oreilles, sans les mettre en œuvre pour lui-même.  La cohérence ma chère, est la dignité de l’esprit. Elle s’applique à toute chose, il n’est point de concession possible en la matière, et vous le savez.

    Je vous reste fidèle et vous embrasse.

    FE

    Sylvie-Christine Simon-Lengré - reproduction interdite - tous droits protégés - décembre 2016

     

     

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