Chère Amie,
Qu’est-ce donc que ces nouvelles épouvantables que vous me donnez là ? Je sens tant de résignation dans vos lignes que j’en suis toute retournée !
Eh quoi ? L’église de votre bourg a brûlé et vous auriez voulu que les coupables ne fussent point punis ? Et pour quelles raisons je vous prie ? Pour éviter que ne soit publiquement flétrie la réputation des saisonniers qui viennent aider vos gens aux champs ? De grâce mon amie, reprenez-vous ! Que craigniez-vous au juste ? Vous avez le droit de votre côté ce me semble - alors, usez-en ! Vous me confiez vos craintes de représailles, de contagion, d’embuscade - fichtre que ces mots sont laids sous votre plume !
Je vous croyais en villégiature à la campagne, accompagnant votre époux dans sa sinécure, et je vous découvre en campagne usant de termes guerriers ! Les faits que vous me décrivez sont graves et doivent être punis. Les abords de notre capitale ont connus de tels évènements il y a peu et la riposte de nos gens d’armes n’a pas été assez ferme, j’en ai bien peur. Sinon comment expliquer les soubresauts qui agitent maintenant nos provinces ?
Il fallait frapper vite et fort. Au lieu de cela nous avons assisté à une sorte de mea culpa collectif insipide et creux. Certains beaux esprits théorisaient sur la responsabilité de la cité qui n’aurait pas su se montrer assez accueillante, ouverte et tolérante envers ces mauvais bougres venus d’on ne sait où et glorifiant je ne sais quel dieu. Aujourd’hui encore, malgré la multiplication de faits identiques à celui que vous me rapportez, on nous dit qu’il ne faut pas les tenir aux portes de la ville, mais leur ouvrir nos porches, leur donner du travail, leur offrir le gîte et le couvert. On nous interdit même de les juger sur des mines qu’ils ont mauvaises la plupart du temps. Il circule des libelles contre une police qui ne fait plus peur et dont on se joue même.
Je vous le redis mon amie, il aurait fallu frapper fort. J’ai crainte que la peur n’ait changé de camp. Pour n’avoir pas su embastiller à temps quelques fauteurs de troubles, c’est la France entière que l’on tient sous le joug d’une tyrannie diffuse, mais bien réelle : celle des bons sentiments ; des bons sentiments qui dégoulinent d’une naïveté qui nous conduira à notre perte. Quand je lis vos scrupules, je me dis que la roue est en marche. Je refuse cette fatalité. Dans cette affaire mon amie, c’est la légiste qui vous parle. La chrétienne, quant à elle, n’a plus que la prière !
Votre FE
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