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Après dîner

 

pompadour_by_francois_boucher1757-26k.jpgMa très Chère,

 

C’est au jour déclinant que le temps m’est enfin offert de répondre à votre petit billet. Je vous sais bienveillante ; aussi, je peux bien vous dire la raison de ce retard. J’ai trouvé ma maison sans dessus dessous, mes gens courant de toutes parts, la cuisinière tempêtant et les filles de cuisine hurlant comme cochon qu’on égorge… Et pourquoi ma bonne amie ? Pour une souris. Une malheureuse petite bestiole sortie d’on ne sait quelle plinthe… J’ai retroussé à mon tour mes jupes pour courir après l’importune qui bien évidemment n’avait pas demandé son reste. Songez un peu qu’il y a chez moi deux chats et qu’aucun des deux n’a daigné faire un sort à ce minuscule quadrupède venu les narguer, non point au nez et à la barbe qu’ils n’ont pas, mais aux crocs et à la moustache dont ils sont pourtant bien pourvus. Voyez mon amie dans quelle sorte de maison je suis ! Chez moi les chats sont repus et ventripotents tandis que les souris insolentes sautillent et gambadent… Finalement cela me sied. Vous savez comme j’ai pour les conventions les mêmes préventions qu’un abbé se doit d’avoir pour le sexe que l’on dit beau…

 

Pardonnez à votre amie ces petites digressions. Je suis incorrigible.

 

Je reste comme vous dans le ravissement de notre dîner de tantôt. Notre petite société est bien agréable et Madame de P*** sait recevoir à merveille. Plaisir des yeux et de la bouche, conversation bien menée, voilà qui me réconcilie avec le genre féminin. A vous je peux bien le dire, j’ai – l’âge avançant – bien du mal à supporter la compagnie de mes congénères. J’ai grand hâte de rencontrer votre belle amie de province dont vous nous parlez tant. J’espère qu’elle pourra atteindre notre bonne vieille capitale sans encombre. On me rapporte des bruits inquiétants sur l’état de sûreté de certaines de nos routes et les dames de qualité ne sauraient voyager sans la compagnie de gens d’armes dévoués.

 

Je vous laisse ma Chère ; j’attends mon frère l’abbé qui vient me préparer à faire mes Pâques.

 

Votre fidèle,

 

F.E.

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