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  • A propos de la galanterie ...

    Chère C.M.,

    J’ai assisté aujourd’hui à une scène qui m'est apparue très révélatrice des temps que nous vivons.
    J’avais en tête de faire quelques courses dans ce grand magasin du VIIe arrondissement que nous affectionnons tant en vue de mon prochain départ en vacances. Arrivée aux grandes portes d’entrée, particulièrement lourdes à manier, je surprends deux querelleurs tellement à leur affaire qu’ils ne se rendent pas compte qu’un petit attroupement s’est constitué alentour.
    L’une des personnes est une femme jeune, mise comme la mode le veut : jupe courte, botte montante au-dessus du genou, des jambes à n’en plus finir, un corps que l’on devine musclé, une figure qui serait avenante sans la farouche détermination que l’on y lit. L’autre ? Son exact opposé. Un petit homme à l’air… bonhomme. Ni jeune, ni vieux, la barbe de trois jours, l’imperméable plus très frais, le pantalon qui tirebouchonne un peu sur des chaussures qui ont fait leur temps, un regard comment dire… éteint, oui, éteint. Il se faisait copieusement insulter par la furie parce qu’il ne lui avait pas tenue la porte et il ne disait rien.
    Il y a vraiment des femmes, ma Chère, qui me donnent envie d’être un homme, ne serait-ce que pour leur dire leur fait sans détour.
    A l'instant où je commençais à ressentir de la pitié pour ce pauvre hère, l’œil de notre homme se mit friser et dans un sursaut - d’orgueil ? – il rétorqua à la donzelle : « Eh quoi ! Vous avez voulu l’égalité, vous l’avez ! De quoi vous plaignez-vous ? Que je ne vous tienne pas la porte ? Que je ne sois pas galant dites-vous ? Mais pourquoi donc le serais-je ? Parce que vous êtes une femme ? Mais nous sommes égaux, non ? La galanterie n’est donc plus de mise ici. L’éducation alors ? Mais à ce compte, Madame, c’est vous qui auriez dû me tenir la porte puisque visiblement je suis plus malingre et plus âgé que vous... » La belle se décomposa et sans demander son reste, tourna les talons. Quant à notre homme, c’est la tête bien droite et le regard bien vif qu’il entra dans le magasin comme s’il avait retrouvé un semblant de dignité.
    J'ai beaucoup ri.

    F.E.

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  • L'enterrement d'E. B. de la ...

    Ma bonne amie,

    Votre cousine C. me quitte à l’instant. Je l’avais conviée à venir me raconter son passage chez vous tant je me languis de votre amicale présence. Elle m’a décrit par le menu les belles fêtes que vous donnez et m’a dit tout le soin que vous portez à ce qu’on les puisse croire parisiennes ! Je vois également que vous tenez salon et que, ma foi, l’on se presse à vos appels. Je suis heureuse de vous savoir si gaie. Vous donnez à notre pays un bien beau visage et Monsieur du … doit rendre grâce chaque jour de vous avoir à ses côtés.

    L’air parisien est des plus triste hélas!

    Nous avons perdu notre amie E. B. de la … La pauvre femme s’est éteinte ce samedi de ce mal de poitrine qui la consumait depuis quelques années déjà. De vous à moi, ma bonne, elle ne s’était jamais remise de ses dernières couches et je crois qu’elle aurait dû refuser à Monsieur son époux certaines faveurs. Il en est qui conduisent au tombeau pour peu que l’on soit de fragile constitution. Il faudrait enseigner ces choses à nos filles, elles y gagneraient je pense en liberté. Je tremble que ces mots n’arrivent entre les mains de votre époux. Il pourrait croire que je vous invite à je ne sais quelle rébellion et vous enjoindre alors de briser là notre petit commerce.

    Que je vous raconte, l’enterrement d’E.

    C’était hier en l’Eglise de la Madeleine. Nous avons eu les plus grandes peines à nous y rendre tant Paris est sens dessus dessous avec les travaux du Baron H que vous aviez rencontré chez moi. Notre voiture s’est trouvée prise dans des encombrements monstrueux dignes de l’antichambre des enfers. On nous dit que la ville sera belle, mais pour l’heure mon amie, elle n’est que chaos et confusion.

    Durant l’office, j’ai été saisie par le froid mortel de l’endroit et j’avais les doigts gelés malgré mon manchon de fourrure. Mais pourquoi, juste ciel ! autant de courant d’air dans nos églises ? A croire que c’est un fait exprès et que la mort aime y battre le rappel. Certaines, parmi les personnes les plus âgées de l’assistance, ne résisteront pas à sa sinistre prière. Aussi, si je n’avais crainte de vous heurter, je vous dirais qu’il est bienséant de mourir aux beaux jours car c’est l’ultime marque des égards que l’on a pour ses proches que de leur épargner des obsèques sous les frimas de la vilaine saison.

    L’enterrement en lui-même eut lieu au cimetière du Montparnasse, ce qui nous a contraints à traverser la Seine en empruntant le pont de l’Alma sur lequel notre cheval a glissé. Un instant, j’ai eu le sentiment que notre voiture allait verser dans le bas-côté, mais la ferme reprise en main de notre cocher nous a sauvés de ce péril. Nous sommes arrivés au cimetière sous la pluie, qui avait fini par s’inviter en ces tristes instants où pourtant les larmes ne manquaient pas.

    Ah, mon amie! je suis bien aise que ces moments soient passés.

    Nous serons tous un jour à l’heure à ce rendez-vous et je n’aime pas me le voir ainsi rappeler.

    Je reste votre fidèle,

    F.E.

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